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Rédigé par Kevin BLONDIN le Jeudi 25 Avril 2013 à 17:00

L'Espagne touchée! Coulée?


Ceux qui ont l'habitude de regarder des matchs du championnat espagnols le weekend le savent. Les Espagnols aiment à rappeler dès qu'ils le peuvent que la Liga est "le meilleur championnat du monde". Cette affirmation, déjà sujette à débat, à prit un sérieux coup de plomb dans l'aile après les deux demies finales aller de Ligue des Champions. C'est une véritable gifle qu'a pris l'Espagne en l'espace de vingt-quatre heures, en voyant ses joyaux balayés par deux équipes allemandes joueuses et insouciantes. Une passation de pouvoir?



L'Espagne touchée! Coulée?
Sans se lancer dans des affirmations trop hâtives quand à la physionomie des prochaines années, on peut sans crainte affirmer que cette semaine marquera probablement un avant et un après dans la hiérarchie européenne.
Si l'Espagne à dominer le football mondial ces dernières années (Euro 2008, 2012, Coupe du Monde 2010, Ligue des Champions 2009, 2011 pour le Barça, Europa Ligue 2010, 2012 pour l'Atletico Madrid), le futur semble désormais s'écrire outre-Rhin.
Génération dorée, ferveur optimale (taux de remplissage des stades le plus élevé d'Europe), gestion saine des finances, l'épicentre de la gagne devrait ainsi s'installer en Allemagne dans les prochaines années.
Alors bien sûr il faudra attendre de voir ces prémices se confirmer dans les années à venir. Ces deux dernières années les clubs anglais ont marqué le pas: aucun qualifié pour les quarts cette année. Mais encore une fois il faut attendre de pouvoir analyser ces résultats sur cinq ou dix ans. Mais avec un représentant en plus en LDC depuis deux saisons (au détriment de la Serie A), et une finale 100% allemande qui se profile pour mai prochain, l'Allemagne et son modèle de développement des clubs s'affirment comme étant les valeurs du futur.


Pour en revenir au terrain, c'est surtout l'ampleur des déroutes espagnoles qui ont surprit. Car pour ce qui est de voir le Bayern et le Borussia s'imposer il n'y a finalement pas grand chose de surprenant. Mais un tel écart laisse en effet perplexe.
Depuis le début de l'année le Barça marque le pas, et ce n'est que grâce à un Messi stratosphérique cette saison encore (43 buts en 32 journées) que les Blaugranas survolent la Liga. Leur avance en championnat est le résultat d'un début de saison formidable (18 victoires et un nul en phase aller) et d'une défaillance de son meilleur ennemi le Real au même moment (4 nuls et 4 défaites sur la période). En Ligue des Champions, les vainqueurs de trois des sept dernières éditions (2006, 2009, 2011) ont également faibli: défaite face au Celtic, nul contre le Benfica, défaite à Milan et deux nuls contre le P.S.G., mais l'on pensait tout cela surmontable pour de tels champions …

Pour le Real, à la peine en championnat, la saison des "cent points" semble loin et certains automatismes tardent à voir le jour (avec Modric notamment). Les hommes de Jose Mourinho, ont depuis bien longtemps compris qu'ils devraient laisser leur titre national à l'ennemi catalan, et, en parallèle, ils ne peuvent se contenter de tout miser sur la finale de la Copa del Rey face au voisin de l'Atletico. En d'autres termes LA priorité de la Maison Blanche cette année est (ou était?) la Ligue des Champions. Le Real et Mourinho, en conflit parfois, en désaccord souvent, se rejoignent sur cet objectif. Le Real cherche à décrocher sa "Decima" et Mourinho rêve d'entrer dans la légende en devenant le premier entraîneur à gagner 3 LDC avec 3 clubs différents (après Porto 2004, et Inter 2010). La déception est donc de taille après le tonitruant quadruplé de Lewandowski et la déroute des coéquipiers de C.Ronaldo …

Mais cela est-il surprenant au fond? Les joueurs de Dortmund sont jeunes et inexpérimentés, certes! Mais qu'en est-il du côté du Real à ce niveau de la compétition? C'est guère mieux. Le Real a bien atteint les demies finales lors des deux précédentes saisons, mais avant cela ils avaient chuter au stade des huitièmes de finale six saisons d'affilé (de 2005 à 2010) et n'ont plus atteint la finale depuis 2002 (et la volée de Zidane). De plus le vestiaire est gangrénée par des querelles internes entre étrangers et espagnols, mais surtout entre les pro-Mourinho et ses détracteurs. Et les cadres du vestiaires sont plus que jamais au centre de la tourmente (Casillas, Ramos, …).
Ainsi est-il vraiment surprenant de voir le double-champion d'Allemagne en titre, appuyé par public extraordinaire, entraîné par un coach aux idées novatrices et avec une ambiance fraternelle entre de jeunes footballeurs qui jouent ensemble depuis des années, renverser une équipe à la dérive en championnat (loin de ses objectifs en tout cas) et où les égos et tensions dominent un vestiaire divisé et dont l'entraîneur est à peu près sûr d'aller voir ailleurs la saison prochaine?

Les deux match de mardi et mercredi auront donc eu le mérite de remettre les choses à leur place. Le Barça est en fin de cycle, et il n'y a rien de péjoratif là dedans. L'équipe de France de handball n'est plus championne du monde mais ça n'enlève rien à ce qu'ils ont réaliser auparavant. Federer n'est plus numéro un mondial mais reste le plus grand. Xavi, Iniesta et Messi ne soulèveront pas le trophée continental cette année mais ont quoiqu'il arrive changer l'histoire du football. C'est une petite mort qui fait mal, mais qui laisse la place à un Bayern de Munich fantastique. Reste désormais aux dirigeants culés de réfléchir à la "Messi dépendance" et d'y remédier, et de penser à un avenir sans Puyol ni Xavi. Côté Real, Mourinho ne relèvera probablement pas le défi qu'il s'était fixé en arrivant à Madrid. La Liga remportée l'an dernier était l'arbre qui cachait la foret, et comme partout où il passe, il laissera derrière lui un vestiaire en ruines et à reconstruire (regardez l'Inter …).

Le Bayern Munich et le Borussia Dortmund récoltent quand à eux les fruits d'une gestion saine, et d'une formation de qualité. Sept joueurs munichois au coup d'envoi mardi soir étaient des produits du centre de formation, et, si beaucoup de joueurs de Dortmund ont commencé leur carrière loin de la Rhur c'est tous là bas qu'ils l'ont achevé. C'est aussi la récompense de la patience, ces deux clubs laissent le temps aux techniciens de travailler, aux joueurs de s'affirmer. Pas de transferts clinquants (à l'exception de Javi Martinez l'été dernier), pas d'égo surdimensionnés, par de querelles dévastatrices, mais un environnement sain et une vraie ferveur.
Sauf miracle au Camp Nou ou à Santiago Bernabeu, une finale inédite et 100% allemande nous attend à Wembley en mai prochain. Et on ne peut que s'en réjouir! Seuls les vrais supporters du Barça ou du Real peuvent s'en attrister. Les autres, les fans de foot, avec un oeil désintéressé, ne peuvent que se régaler devant le spectacle et le fraîcheur offert par les deux monstres allemands. Joachim Löw fait partie de ceux là…

La Liga semble donc marquer le pas. Ses deux locomotives se sont vus violemment mettre à genoux cette semaine. L'habituel troisième, Valence est en proie à des difficultés financières et bataille encore pour sa qualifier pour la prochaine Ligue des Champions. Malagà a enchanté l'Europe et atteint les quarts de finale mais son futur est incertain et, encore une fois à cause de considérations financières, on risque de ne pas les voir sur la scène européenne ces quatre prochaines années (la décision de l'U.E.F.A. est encore en appel). Le probable futur qualifié en quatrième position pour la Ligue des Champions est une vraie surprise: La Real Sociedad. On peur douter de sa capacité à lutter sur la scène européenne et à atteindre ne serait-ce que les huitièmes de finale l'an prochain. Enfin l'Atletico Madrid de Diego Simeone réalise une saison remarquable, mais l'avenir de son entraîneur est lui aussi incertain, et surtout la probable perte de son attaquant vedette Radamel Falcao laisse craindre un manque de compétitivité pour le prochain exercice.
En face de cela, le Bayern et Dortmund sont bien parti pour s'affronter en finale. Derrière eux le Bayer Leverkusen et Schalke04, sans être des candidats à la victoire en Ligue des Champions, sont des habitués des joutes européennes (Schalke est passé tout prêt d'un 1/4 de finale cette année). Enfin et surtout c'est tout un modèle de gestion qui attend avec sérénité l'instauration du fair-play financier de l'U.E.F.A., ce qui devrait leur donner un avantage supplémentaire par rapport à ces rivaux européens et surtout espagnols qui cumulent des milliards de dettes …

La Bundesliga n'est peut-être pas encore le "meilleur championnat du monde", mais après ces deux confrontations directes entres allemands et espagnols le constat en cinglant: 8-1. L'Espagne est redescendu de son piédestal et devra repenser son jeu et son mode de fonctionnement pour pouvoir rester compétitive. La lutte entre les clubs allemands et les clubs anglais revanchards promet pour l'an prochain …
La signature de Pep Guardiola au Bayern de Munich pour la saison à venir, devrait de plus mettre un peu plus en lumière ce championnat trop longtemps sous-estimé.

Et si Gary Lineker avait raison finalement?








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