jeunesfooteux

le Mercredi 22 Mai 2013 à 10:43

Mourinho, "The Normal One"


Arrogance assumée, verve fleurie, coups de théâtre, doigt dans l'oeil, glissade en costard, voilà la partie toujours intacte du Mourinho tel qu'on le connaît depuis ses premiers succès avec le F.C.Porto en 2004. Pour le volet "succès en pagaille" il faudra repasser … Depuis sa victoire en Ligue des Champions en 2010 avec l'Inter le "Special One" a perdu de sa superbe.



La moue du "Mou"
La moue du "Mou"
Porto, Chelsea: Construction de la légende

Sa légende naît face à Monaco un soir de mai 2004. Une victoire 3-0 qui fait entrer l'ancien traducteur de Bobby Robson au Barça dans une autre dimension. Bien sûr il y avait eu d'autres succès et coups d'éclat auparavant (comme l'élimination de Manchester United en huitièmes de finale), mais c'est bien de soulever la Coupe aux Grandes Oreilles avec le F.C.Porto de Maniche et Deco qui le révèle aux yeux du monde. Un transfert à Chelsea chez le capricieux Roman Abramovitch et voilà Mourinho couronné Roi du Monde. Il embarque Paulo Ferreira, Ricardo Carvalho et Deco dans ses valises pour exporter le succès à Londres. C'est lors de sa première conférence de presse en Angleterre qu'il s’autoproclame lui-même être le "Special One". Délicieuse arrogance. Un genre nouveau naît avec lui, celui de l'entraîneur bouffon (au sens médiéval du terme), de comédien facétieux, d'amuseur de salle de presse, d'ambianceur de zone technique. Le show est lancé!

S'il fait surtout parler de lui en conférence de presse par ses sorties déroutantes et provocantes, il ne faut pas s'y tromper c'est bien sur le pré qu'il faut voir son vrai talent. Un tacticien hors pair fait désormais trembler l'Angleterre. Il bouscule la hiérarchie et impose son Chelsea tyrannique en tête de la Premier League (2005 et 2006), premiers titres depuis 1955 pour les Blues, la Révolution est en marche … Rajoutez une Cup, deux League Cup, et des matchs de légende en Ligue des Champions (face au Barça notamment) et voilà le portugais qui domine le football européen au cœur des années 2000. Le "Special One" n'a jamais aussi bien porté son surnom. Malgré une fin tendue à Stamford Bridge et un putsch des cadres (manigancé en partie par John Terry la crapule), il rebondit sans mal à l'Inter.


À l'Inter, toujours au top

Bien que le club de Moratti ait bien profité du Calciopoli pour retrouver un souffle nouveau et dominer la Serie A comme avant, c'est sur la scène européenne que les "Nerazzuri" veulent retrouver la gloire. Qui d'autre que Mourinho pour assumer cet objectif? La domination en Serie A se poursuit (Scudetti 2009 et 2010, et Coupe d'Italie 2010) et l'apothéose est à venir … Après une campagne européenne de rêve (élimination de "son" Chelsea en huitièmes), grâce notamment à un Sneijder au sommet de son art et un Milito ultra-décisif devant, les coéquipiers de Samuel Eto'o, vont toucher le Graal en finale à Bernabéu face au Bayern. Le chef d’œuvre tactique de cette campagne pour le technicien Lusitanien c'est la demie-finale face au Barça (3-1, 0-1) champion d'Europe en titre (avec un Eto'o replacé arrière-droit lors des phases interminables de possession Blaugrana). Le soir même, les images de Mourinho en larmes enlaçant Marco Materazzi scellent la fin de l'aventure milanaise du "Special One". Un nouveau défi s'offre à lui: Le Real Madrid


Real Madrid, le constat d'échec

C'est là que ça ce gâte. Si Florentino Perez souhaite s'attacher les services du portugais, c'est pour décrocher une nouvelle Ligue des Champions qui serait la dixième pour le club royal. La dernière C1 date de 2002 pour les merengues. Dans la même temps l'ennemi Catalan en a remporté deux (2006, 2009). De plus une génération exceptionnelle a éclot du côté de Barcelone: Messi, Iniesta, Busquets et un Xavi au top dominent l'Espagne et l'Europe depuis 2008, et ça ça ne peut plus durer … Surtout c'est Pep Guardiola le nouveau Mister à la mode, tout le monde ne parle que de lui. Florentino Perez et Mourinho, pour des raisons variées, ne peuvent accepter cet état de fait et se retrouvent sur un point: il faut dépasser le Barça pour l'un, retrouver sa place de numéro 1 des coaches pour l'autre.

Trois ans plus tard, celui qui est devenu le "Mou", voit son aventure à Madrid se terminer, avec quel bilan? Une Coupe du Roi, une Liga, une Supercoupe d'Espagne. Les plus optimistes rajouteront trois demies finales de Ligue des Champions, dans un club qui n'avait plus passé les huitièmes depuis sept saisons …
C'est donc un constat d'échec pour Mourinho. Son ambition personnelle de décrocher une troisième LDC avec un troisième club s'est heurté à des équipes supérieures (Barça, Bayern, Dortmund) et aux limites du jeu du Real. Si ses frasques ont continué sur le banc du Santiago Bernabeu (en témoigne son expulsion vendredi soir en finale de Coupe du Roi face à l'Atletico), comme le désormais fameux doigt dans l'oeil de Tito Vilanova, son côté "Special One" s'est peu à peu éteint. Les titres ne le suivent plus indubitablement comme auparavant … La Liga 2012, seul motif de satisfaction (pour avoir fait descendre le Barça du sommet national), est l'arbre qui cache la forêt, une saison exceptionnelle en Liga (100 points, 32 victoires, 2 défaites, 121 buts marqués) ne peut assouvir la soif de titres des Socios du Real … Cette saison 2012/2013 vierge de titre sonne donc le glas de l'expérience du "Mou" à Madrid, le "Special One" n'est plu, il peut ne pas gagner, il sait donc aussi perdre …


Retour aux sources

Pas un hasard si c'est justement au moment où il est retombé des hauteurs de la hiérarchie des entraîneurs (devancé par Guardiola, Conte, Klopp) qu'il repart à Chelsea, en Angleterre, là où tout a commencé, là où il est devenu le "Special One", le "puto amo" ("p***** de chef") des salles de presse (comme l'avait déclaré Pep Guardiola avant un Clasico), là où on l'aime, là où ses frasques enchantent plus qu'elles ne désolent, là où les départs de Ferguson et Mancini ouvrent la porte d'une nouvelle ère. Celle de ses Blues?


Lire également:
Entraîneurs: La valse des bancs peut commencer




Notez


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Réagir à cet article