Un footballeur ordinaire
En tant que joueur, Brian Clough a eu une carrière assez normale durant laquelle il connut deux clubs : Middlesbrough ( 1955-1961 ) et Sunderland ( 1961-1964 ). Il evolua seulement 10 ans au plus haut niveau avec ses deux équipes puisqu’il subit une grave blessure le contraignant à arrêter malgré sa volonté de continuer. Il effectuera plusieurs retours mais entachés de rechute à chaque fois. Au niveau des statistiques, elles furent très bonnes pour ce talentueux attaquant. Il marqua ainsi plus de 250 buts durant ses 10 ans d’activité et il connaitra la sélection anglaise de façon éphémère ( 2 sélections ). C’est donc à Middlesbrough que l’on entend parler pour la première fois cet homme à forte personnalité. Alors qu’il n’a que 17 ans il demande à être transféré de Middlesbrough car ses coéquipiers ne sont pas assez bons à son goût… Finalement, il en deviendra le capitaine.
Les premiers succès en tant que manager
Directement après avoir mis un terme à sa carrière de joueur, Brian devient entraineur. C’est à Hartlepool qu’il prendra pour une fois en main une équipe entre 1965 et 1967. Après ces deux premières années, il choisit de signer à Derby County. Pour diriger cette équipe, il choisit de s’appuyer sur Peter Taylor pour l’assister.
Quand il reprend le club, ce dernier navigue en milieu de tableau de deuxième division et à un palmarès quasi vierge. La première saison sera terminée en milieu de tableau. La deuxième sera quant à elle le début du succès, Clough emmène son équipe au somment de la deuxième division et fait donc remonter le club tout en s’offrant son premier titre personnel. Pendant les deux saisons suivantes, Derby assure une place dans le milieu du tableau sans gloire.
Mais la saison 1971/1972 va être celle de la révélation. Avec son équipe assez moyenne, Clough arrive à mener ses joueurs au titre de champion d’Angleterre. Le premier du club . Mais durant cette période, il va aussi s’attirer un ennemi intime : Don Revie. A l’époque, Leeds est l’equipe la plus détestée d’Angleterre mais Clough avait lui du respect envers Revie. Un respect qui va se transformer en une guerre entre les deux hommes à cause du mépris de Revie à l’égard de Clough et l’attitude brutale de ses joueurs sur le terrain. Cette antipathie a été renforcé par le fait que Revie n’ait eu aucune attention à l’égard de Clough pour sa victoire finale inattendue.
L’année suivante, Derby se voit donc le droit de disputer la prestigieuse Coupe d’Europe des Clubs Champions, l’ancienne Ligue des Champions. Cette compétition fut une réussite pour Derby jusqu’en demi finale où ils subirent une claque contre la Juventus. Cette élimination fait encore du bruit car les dirigeants italiens furent accusés de corruption. En championnat, le club ne rééditera pas l’exploit de la saison passée et ce sera la dernière de Clough à la tête de Derby.
44 jours
Après cette expérience couronnée de succès, Brian part à Brighton en D3 continuer sa carrière. Le choix sportif peut être surprenant mais pas le choix financier. C’est pour cette raison qu’il coache cette équipe durant la saison 1973/1974.
Au terme de la saison, Clough reçoit une proposition surprenante : Leeds veut le recruter pour prendre la place de Revie. Ce dernier prenant les rênes de la sélection nationale. Il casse son contrat le liant avec Brighton mais perd en même temps son fidèle adjoint qui ne respecte pas son choix et il s’engage à Leeds.
Son aventure ne durera que 44 jours… Les joueurs présents dans l’effectif étaient des hommes qui se tuaient sur le terrain pour Revie comme l’ailier Johnny Giles ou le capitaine et boucher numéro 1 de l’équipe Billy Bremner. Le fait est que Clough voulut changer la mentalité de cette équipe façonnée pour aller au combat en essayant d’en faire une équipe joueuse. Ce sera un échec total, les mauvais résultats
s’enchainant, il fut limogé après seulement 44 jours à la plus grande satisfaction de Don Revie notamment qui ne se priva pas de chambrer son rival en disant par exemple qu’il n’avait pas le niveau pour reprendre une équipe de ce standing bâtit par lui-même.
La consécration
La saison suivante, Clough se réconcilie avec Peter Taylor et reprend du service du côté de la forêt de Sherwood à Nottingham Forest. Comme à Derby, son équipe est en milieu de tableau au départ, et comme à Derby, elle arrive au sommet.
Après une première saison terminée à une petite huitième place, la deuxième sera celle de la montée. En 1977, Nottingham débarque donc en Première Division. La saison 1977/1978 sera celle du début de la consécration. Grâce à la découverte de talents inconnus ( Gary Birtles, Woodcock, Anderson… ) et l’achat de joueurs expérimentés ( Shilton, Gemmill, McGovern…), Nottingham devient une équipe très solide et quasiment invincible. Le club devient donc champion l’année suivant son accession à l’élite avec un bilan exceptionnel : seulement 3 défaites et 24 buts encaissés en 42 matchs, et aussi 7 points d’avance sur le champion sortant, Liverpool! Brian Clough est désigné manager of the year.
L’année suivante, Nottingham va réaliser encore un exploit plus improbable. Il va donc y avoir le titre de champion d’Angleterre qui sera conservé une deuxième année consécutive mais surtout Nottingham va devenir champion d’Europe et Clough va rentrer dans la légende. Tour à tour, Liverpool ( le tenant en titre ) ainsi que les champions de Grèce et de Suisse sont sortis avant d’éliminer Cologne en demi finale après un match aller épique terminé sur le score de 3-3. Au retour, les pensionnaires du City Ground l’emporte sur le plus des scores 1-0 en Allemagne. En finale, c’est le buteur de l’équipe, l’excellent Trevor Francis qui marque le but de la victoire face aux suédois de Malmö.
La saison suivante montre les premiers signes du déclin. Le club remporte bien une deuxième coupe d’Europe d’affilée contre Hambourg à Madrid mais dans le même temps, Archie Gemmill et Woodstock quittent le club et en championnat le club est largué très loin des premières places.
La fin du succès
La saison 1980/1981 marquera elle définitivement la fin du succès de Clough avec Nottingham. Le club est sorti au premier tour de la coupe d’Europe et se fait dominer dans la coupe intercontinentale par le Nacional Montevideo. Et surtout, Clough et Taylor se fâchent définitivement. C’est une perte considérable pour Clough car Peter Taylor était plus qu’un adjoint, c’était aussi un véritable ami.
Après cette saison? Plus rien ou presque. Deux coupes de la League et une finale de Cup avant de retourner de là où venait tout ce beau monde, en deuxième division. C’est donc en 1993 que Clough arrête sa carrière d’entraineur.
Le visage caché d’un personnage complexe
Tous ces succès sont la phase présentable de cet homme très complexe qui est considéré comme un héros en Angleterre et qui fut protégé par les médias pendant la fin de sa vie. Il donnait de quoi écrire aux tabloïds et en échange ces derniers le laissaient tranquille.
Ainsi, il dira régulièrement des phrases subtiles ( « Beckham? Sa femme ne sait pas chanter et son coiffeur ne sait pas coiffer! » ) Il publiera aussi son autobiographie controversée dans laquelle il critique ouvertement le comportement des liverpuldiens lors du drame de Hillsborough en 1989 qui fit perdre la vie à 96 supporters de Liverpool. La polémique qui fut suite lui permit de faire des ventes très élevées.
Surtout, le cas du talentueux attaquant Justin Fashanu est un exemple du mauvais côté de Clough. Alors qu’il le recrute en provenance de Norwich en 1981, il découvre rapidement que sa nouvelle perle est homosexuel. Il lui réservera un traitement spécial, le traitant notamment de « sale gonzesse » en public ou en l’humiliant dans le vestiaire. Fashanu quitte le club à la fin de la saison mais c’est le début de la déchéance pour lui : recruter un joueur qui fut rejeté par monsieur Clough himself ne donne pas une bonne image et la carrière de cet attaquant sera gâchée à cause de cela car les clubs ne seront pas nombreux à vouloir le recruter. Il finira par se pendre le 2 mai 1998 après avoir été accusé d’agression sexuelle sur mineur. Clough sera laissé à part dans cette affaire.
Aujourd’hui encore, Brian Clough est une idole outre-manche et est considéré comme le plus grand entraineur anglais à ne pas avoir entrainer la sélection nationale. Cela malgré de nombreux événements qui ne sont pas faits pour renforcer une bonne image de lui. Ce qu’il faut donc retenir de Clough : un entraineur hors du commun mais aussi un homme incompréhensible qui a sa statut dans la ville de Nottingham.

