Pourquoi Thomas Robinet (USL Dunkerque) est le meilleur attaquant de L2 ?


Vendredi 13 Mars 2026 10:47 - écrit par

Alors que l'USL Dunkerque entend bien jouer les trouble-fêtes en haut de tableau jusqu’à la fin de cette saison en Ligue 2, même si le départ de Gessime Yassine a laissé des traces, il n’y a pas que Enzo Bardeli ou Antoine Sekongo qui font parler d’eux au sein de cette belle équipe de l’USLD. Zoom sur l’excellent Thomas Robinet, actuel deuxième meilleur buteur du championnat de L2 derrière Tawfik Bentayeb (ESTAC – ES Troyes AC), avant le déplacement du club nordiste à au Stade Bauer pour défier le Red Star.



Formé au FC Sochaux Montbéliard, l'attaquant français de 29 ans avait déjà prouvé à maintes reprises ses talents de buteur dans l'Hexagone dans ce championnat du National, lors de ses passages très remarquées au FC Villefranche-Beaujolais ou encore au Stade Lavallois et à La Berrichonne de Châteauroux. Un numéro neuf qui tourne à 15 - 20 buts par saison, ça ne court pas les rues dans cette division... On fera au passage un petit clin d'œil à l'excellent Fahd El Khoumisti, qui avait lui aussi déjà rayonné avec l'US Concarneau et qui est l'actuel meilleur buteur du National cette saison avec l'US Orléans.

Mais revenons à notre ancien Lionceau né à Saint-Priest. Je me suis penché d'un peu plus près sur ses datas par rapport à saison en cours, et j'ai failli tomber de ma chaise. C'est "niveau élite en Ligue 2, vraiment impressionnant pour ce joueur qui réalise actuellement un exercice 2025-2026 de haute-volée avec l'USL Dunkerque !

Avec 11 réalisations au compteur, Thomas Robinet ne se contente pas de marquer, il optimise chaque situation. Son ratio d’Expected Goals (xG) s’élève à 9.8, ce qui révèle une surperformance de +1.2. En clair : Robinet marque des buts que d'autres attaquants auraient manqués. Un pur numéro neuf qui a le sens du but !

Sa panoplie est celle d'un attaquant de surface moderne. Sur ses 11 buts, 10 ont été inscrits à l'intérieur de la surface. S’il reste un droitier exclusif (8 buts du pied droit), son jeu de tête s'est affiné avec 2 buts inscrits dans les airs, prouvant qu'il sait utiliser son gabarit (1m80) pour dominer les duels. Sa fiabilité sur penalty (3/3) en fait également une assurance vie pour la formation maritime entraînée par Albert Sanchez dans les moments de tension.

Ce qui différencie Robinet d'un pur "renard des surfaces", c'est sa grande activité hors de la zone de vérité. Avec 14.2 ballons touchés par match dans le dernier tiers et 3.68 touches dans la surface adverse, l'attaquant formé à Sochaux montre qu'il n'est pas juste un simple point de fixation devant et qu'il sait aussi décrocher avec brio, pour participer à la création du jeu sur des phases offensives de son équipe.

La preuve avec cette data la plus révélatrice de son intelligence de jeu : 21 passes clés réalisées cette saison et 28 occasions créées. Malgré seulement 2 passes décisives réelles, ses Expected Assists (xA) grimpent à 2.4. Ce décalage confirme encore un peu plus mes propos évoqués ci-dessus sur un Thomas Robinet qui sait parfaitement participer aux actions offensives de son équipe tant sur des phases de possession que sur des phases de transitions. Mais il est souvent mal récompensé par la finition de ses partenaires. C'est un peu un profil de "9.5" capable de décrocher pour organiser le jeu avant de plonger dans la profondeur. Un joueur intelligent dans ses déplacements offensifs, ayant une bonne lecture du jeu et redoutablement efficace. C'est aussi 18 dribbles réussis cette saison, très souvent dans la zone de vérité, ce qui montre sa capacité à éliminer son vis-à-vis direct dans de petits espaces lui permet de se libérer des angles de tir impossibles.  


Un attaquant qui pèse sur une défense, qui sait se faire oublier et que les défenses adverses doivent constamment surveiller : un plus énorme pour ses coéquipiers qui peuvent exploiter ainsi des espaces pour mieux s'illustrer offensivement. Sa belle expérience connue en Eredivisie à Almere City entre 2023 et 2025 lui auront permis de devenir un joueur confirmé pour le haut de tableau de Ligue 2 et de ne plus avoir cette étiquette de "top player de National". S'il s'est depuis installé comme un vrai numéro neuf, Robinet avait déjà eu la chance de pouvoir occuper quasiment tous les postes offensifs depuis le début de sa carrière (second attaquant, ailier gauche ou droit voire même milieu offensif) : cela explique aussi la faculté que peut avoir ce joueur à bien lire le jeu et à savoir rapidement créer des automatismes avec ses coéquipiers peu importe les situations.

Point crucial pour un analyste : sa gestion des opportunités. Avec seulement 6 grosses occasions ratées, il affiche l'un des meilleurs ratios de "conversion de chances nettes" du championnat. À titre de comparaison, certains leaders du classement des buteurs tournent parfois à plus de 10 ou 12 ratés à ce stade de la compétition. Si on veut la perfection chez ce joueur, on aimerait parfois lui dire d'oser tenter un peu plus du pied gauche sur certaines situations, et encore, est-ce réellement un point faible ? Il y a tellement peu de déchets dans son jeu, donc pas de raison d'être plus exigeant avec cet excellent joueur de notre championnat de Ligue 2.

En revanche, s'il y a bien une donnée à prendre en compte : c'est qu'il faut absolument utiliser cet attaquant en tant que titulaire pour qu'il rayonne. Et non comme une simple joueur de banc que tu fais rentrer à l'heure de jeu ou à quinze voire vingt minutes de la fin pour apporter le coup de grâce. Explications.

Cette saison par exemple à l'USL Dunkerque (2025-2026) : sur ses 11 buts marqués en championnat, la quasi-totalité ont été inscrits en tant que titulaire. C'est dans ce confort de "patron" de l'attaque qu'il exprime son meilleur football. En revanche, porter le brassard de capitaine à Almere City lui aura peut-être rajouté une forme de pression plus difficile à supporter (il est passé de 11 buts sur sa première saison en Eredivisie à 2 seulement la saison dernière, même s'il faut aussi et surtout prendre en compte les dynamiques différentes de son ancienne équipe sur ces deux exercices qui étaient totalement différentes).

L'analyse de son jeu explique cette dépendance à la titularisation : jeu de contacts et d'usure : Thomas Robinet est un attaquant qui travaille énormément les défenseurs centraux. Il gagne ses duels aériens (49%) et use ses adversaires par ses appels. Ce travail de sape porte souvent ses fruits après la 60ème minute, moment où il marque une grande partie de ses buts. Entrer en jeu pour 15 ou 20 minutes ne lui laisse pas le temps d'installer ce rapport de force physique. Besoin de rythme dans la création ? Comme vu précédemment, il touche beaucoup de ballons (14.2 dans le dernier tiers). C'est un joueur de séquences et de combinaisons. Un remplaçant doit souvent être "explosif" et immédiat ; Robinet, lui, est un joueur de système "un peu diesel", qui aime prendre la mesure de ses adversaires pour monter en puissance au fur et à mesure de la rencontre.

Loïc Jégo.